La question des rapports entre l'impressionnisme et la décoration (ou le décoratif) comporte de nombreuses entrées. Ainsi, elle peut servir à cerner l'originalité de la démarche impressionniste vis-à-vis de la prééminence du sujet et de l'histoire dans la peinture précédente. Maintenant que les beautés de l'impressionnisme sont plus consensuellement admises, elle ouvre à se demander si la popularité de ce mouvement ne tend pas à le réduire à une peinture d'agrément, en tableaux inoffensifs avec lesquels on décorerait volontiers son salon. Elle permet aussi d'éclairer un pan mal connu des travaux de certains de ces artistes, qui se consacrèrent volontairement à la peinture murale, à des ensembles décoratifs, ou à des commandes de panneaux in situ...
Se poser la question de la décoration à l'intérieur de l'impressionnisme, c'est donc une invitation à réévaluer l'aspect péjoratif que l'on sous-tend d'ordinaire lorsqu'on qualifie un tableau de "décoratif". Il s'agit justement de considérer que la dimension décorative de l'impressionniste peut être observée dans sa fécondité, et qu'elle a intensément nourri l’œuvre des artistes qui ont participé à ce mouvement. L'aspect décoratif de la peinture impressionniste permet en somme de réfléchir à nouveaux frais à de nombreux thèmes qui travaillent encore l'art contemporain, et qui puisent leur source dans ce mouvement inaugural de la peinture moderne : l'importance prise par l'expérimentation dans la valeur d'une œuvre, ou même le côtoiement du monde de l'art et de l'industrie du luxe...

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